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Le devoir de mémoire
le 3 mai 2004

En visite officielle en France, le premier ministre Charest a rendu hommage aux Québécois et aux Canadiens morts sur les plages de Normandie lors du débarquement du 6 juin 1944. À cette occasion, et avec raison, Jean Charest a évoqué le devoir de mémoire. À cet exercice de mémoire, le premier ministre devrait s'astreindre plus souvent, et nul besoin de remonter à des événements vieux de 60 ans. D'abord se souvenir d'un événement politique considérable dans lequel il a été impliqué de près, à savoir le naufrage de l'Accord du Lac Meech le 23 juin 1990. Cet accord, qui de l'aveu même de Robert Bourassa, représentait les revendications les plus modestes jamais présentées par des fédéralistes québécois, était rejeté par le Canada anglais. Ensuite, il pourrait faire un effort pour ne pas oublier le rapport de la Commission Bélanger-Campeau, déposé le 27 mars 1991. Les fédéralistes et les souverainistes québécois avaient fait preuve d'un remarquable travail de concertation pour conclure que deux options restaient ouvertes pour le Québec de l'après-Meech: le fédéralisme renouvelé ou la souveraineté. Cette dernière option est toujours d'actualité, mais qu'en est-il du fédéralisme renouvelé? On le sait, cette boutique est fermée depuis longtemps. Aucun des grands partis fédéraux n'est actuellement un partenaire du parti libéral du Québec concernant le fédéralisme renouvelé. Ce qui est à l'ordre du jour c'est plutôt le statu quo, assortit d'une plus grande concentration des pouvoirs à Ottawa. Bref, une menace pour l'identité québécoise et la trahison de Bélanger-Campeau. Les Québécois tombés sur les plages de France étaient tous des volontaires et ils sont morts parce qu'ils avaient décidés de se lever pour défendre leurs valeurs. Notre premier ministre lui, à genoux plus que jamais devant les offensives d'Ottawa, a choisi d'oublier. Il a oublié qu'il n'y a pas si longtemps, toute la classe politique du Québec privilégiait la souveraineté dans l'éventualité d'un nouveau refus du Canada anglais de renouveler en profondeur le fédéralisme canadien. Aussi, ce devoir de mémoire, qu'il invoque avec des tremolos dans la voix, ne sont que des mots s'il ne peut même pas se rappeler que son peuple, depuis 22 ans, est toujours orphelin d'une constitution.
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