Une nouvelle ère vraiment ?
Le 20 septembre 2004
Nous nous sommes tellement habitués à voir le premier ministre Jean Charest à genoux devant le grand frère d'Ottawa, que le simple fait de le voir se lever nous laisse une impression de grandeur. Lui-même, le premier étonné de sa nouvelle posture, parle de « moment historique » et de « nouvelle ère » qui s'ouvre pour le Québec. Pourtant, l'entente qu'il a négociée sur la santé avec son homologue fédéral n'a rien d'historique et les précédents sont nombreux. Citons simplement les cas de la Caisse de dépôt et Placements du Québec et du Régime des rentes du Québec, ainsi que les ententes particulières touchant l'immigration, la main-d'œuvre, la perception de la TPS, et bientôt sans doute, les congés parentaux. Toutes ces ententes ne consacrent souvent que le seul respect des compétences du Québec reconnues par la Constitution canadienne, rien de plus. En fait, au cours des récentes décennies, les Québécois ont été si souvent confrontés à des reculs importants devant les prétentions d'Ottawa, qu'ils en sont rendus à considérer un simple non-recul comme une victoire arrachée de haute lutte. Car ce qui a été constaté lors de la récente ronde de négociation sur la santé, c'est un fédéralisme qui fonctionne normalement, et non le fédéralisme dominateur auquel nous a habitué si souvent le Parti libéral du Canada. Faut-il y voir une percée importante ? Non, et ce, essentiellement pour deux raisons. D'abord, ce changement d'attitude est largement le résultat des dernières élections qui n'ont laissé à Paul Martin qu'un gouvernement minoritaire, un gouvernement en position de faiblesse qui n'a pas les moyens politiques d'imposer quoi que ce soit. En second lieu, ce principe d'asymétrie, dont on se targue tant dans les milieux fédéralistes québécois, n'est pas inscrit dans la Constitution, mais simplement dans un accord administratif, et qui pourra être ignoré lorsqu'un gouvernement jouissant d'une confortable majorité parlementaire reviendra au pouvoir. Autrement dit, tout dépend du bon vouloir du monarque élu d'Ottawa. S'il est ouvert aux revendications particulières du Québec, la porte peut s'ouvrir, s'il ne l'est pas, elle se referme. Tant et aussi longtemps que la différence québécoise ne sera pas inscrite clairement dans la Constitution canadienne, notre vulnérabilité persistera. L'ancien premier ministre fédéral Pearson a déclaré un jour : « Bien que le Québec soit une province faisant partie de la Confédération nationale, il est plus qu'une province, en ce sens qu'il est la patrie d'un peuple : il constitue très nettement une nation dans une nation. ». C'était un homme de bonne volonté, et on aurait pu croire, à l'époque, qu'une « nouvelle ère » s'ouvrait pour le Québec. Que reste-t-il de cette ouverture sans précédent du premier ministre Pearson quarante années plus tard ? Nous peinons encore à faire inscrire dans la Constitution non pas notre reconnaissance comme nation au Canada, mais une simple et réductrice notion de société distincte. Y a-t-il vraiment de quoi pavoiser ?