La gauche québécoise et le boulet constitutionnel
Le 16 novembre 2004
Réunis ce week-end pour leur première Rencontre nationale, les militants du mouvement politique Option citoyenne se sont séparés divisés en raison de l'interminable débat constitutionnel. Faut-il s'en surprendre ? Certainement pas. Qu'on le veuille ou non, la Constitution canadienne demeure la loi fondamentale du pays, et elle seule détermine la répartition des pouvoirs entre les deux ordres de gouvernement. Aucun enjeu social le moindrement controversé ne peut échapper, tôt ou tard, à son arbitrage et à son diktat. Or, la raison d'être de ce mouvement, qui aspire à devenir dès 2005 un parti politique à part entière, c'est précisément le projet social. Et pour mettre en application un tel programme, caractérisé avant tout par une plus grande intervention gouvernementale, il est nécessaire de pouvoir user de pouvoirs constitutionnels considérables et qui échappent complètement au gouvernement du Québec. Seuls les partis politiques de droite, et encore cela reste à voir, peuvent faire l'économie d'un débat sur la question nationale sans remettre en cause leur crédibilité. C'est normal, la droite recherche moins de gouvernement, moins de lois, moins d'impôts, moins d'État. Mais la gauche, c'est tout le contraire ! Proposer un changement radical de société sans d'abord réaliser la souveraineté c'est se priver à l'avance de tous les outils essentiels à la mise en œuvre d'un véritable projet social. Aussi bonnes et généreuses que soient les idées de ce mouvement, elles ne pourront se concrétiser sans un apport massif de capital. Or, ces ressources financières existent…à Ottawa. Et pour l'heure, elles sont utilisées au remboursement de la dette, véritable obsession des comptables fédéraux qui nous gouvernent. Bien sûr, un État québécois contrôlé par un parti de gauche à la sauce d'Option citoyenne aurait des pouvoirs d'intervention dans ses champs de compétence, mais seulement au prix d'une hausse considérable des impôts et de la dette provinciale. Est-ce vraiment là une solution acceptable dans un contexte nord-américain, où la population est toujours sous le charme du chant des sirènes néo-libérales ? Pauser la question c'est y répondre. Que faire alors si on aspire à transformer la société dans le cadre d'un projet social progressiste et novateur ? Les options demeurent limitées. La première consiste à se positionner là où sont les véritables moyens financiers, et faire le saut sur la scène fédérale en adoptant une position constitutionnelle néo-fédéraliste. Le NPD ne serait certainement pas malheureux de voir débarquer chez lui cette cohorte de progressistes québécois. La seconde option, c'est simplement se donner les moyens de ses ambitions, et proposer un tel programme dans la perspective d'un Québec souverain disposant de la totalité de l'assiette fiscale. Toute tentative d'évitement de la question nationale ne pourra mener à terme qu’à l'éclatement. Gageons que la seconde option prévaudra.