OPINION

La cinquième colonne

Le 17 février 2005


Chaque année, le dépôt du rapport de la vérificatrice générale du Canada s’accompagne de son lot d’histoires d’horreur, grandes ou petites. L’an dernier, bien sûr, on a eu droit à un grand cru avec la scandaleuse affaire des commandites. Cette année ne fera pas non plus exception. Ainsi, Madame la vérificatrice nous a appris que depuis 1997, le Parti des Commandites au pouvoir à Ottawa a détourné vers des fondations privées plus de 9 milliards de dollars, dont 7,7 milliards dorment toujours dans des comptes de banques. Les deux plus importantes de ces fondations, soient la Fondation canadienne pour l’innovation, et la Fondation canadienne des bourses du millénaires possèdent toujours des capitaux totalisant 6,1 milliards de dollars. C’est tout de même beaucoup d’argent entre les mains de fondations dont la gestion est assurée par des amis libéraux, et pour lesquelles aucun droit de regard n’est autorisé, ni pour la vérificatrice générale, ni pour le Parlement. Heureusement que le programme des commandites n’a pas été géré par de telles fondations ! Qu’en saurions-nous aujourd’hui si tel avait été le cas ?

Ces fondations sont la preuve la plus évidente, et la conséquence directe du déséquilibre fiscal: le gouvernement d’Ottawa a tellement d’argent, qu’il ne sait qu’en faire. Pour « dissimuler» ces surplus plantureux, il crée des fondations dans lesquelles il transfère des sommes colossales d’un seul coup, au lieu de les étaler sur plusieurs années, comme cela devrait être fait normalement. Ainsi, il peut afficher des surplus budgétaires plus modestes, et nier plus facilement le déséquilibre fiscal, dont il est le seul, de tous les gouvernements au Canada, à ne pas reconnaître.

Ce recours à ces fondations opaques, et qui, semble-t-il, ne brillent pas par leur efficacité, est proprement honteux. Des milliards recueillis à même nos impôts, et dont les provinces, et en particulier le Québec, ont désespérément besoins, dorment tranquillement dans des comptes bancaires sous le regard bienveillant d’amis du régime qui s’en servent comme gagne-pain, et en distribue l’usufruit au compte-goutte. Décidément, le Parti libéral du Canada a de la suite dans les idées quand il s’agit d’aider ses amis et de magouiller avec l’argent des contribuables.

Et pendant ce temps, à Québec, rien ne semble jamais assez grave pour remettre en question, ne serait-ce qu’en pensée, notre appartenance à ce régime politique qui entrave notre développement, et bloque nos projets les plus légitimes. De plus en plus, les vrais décisions qui concernent notre avenir se prennent à Ottawa. C’est le « nation-building » qui est en marche, et ces fondations constituent une sorte de cinquième colonne qui court-circuitent nos champs de compétences. Là ce trouve la véritable menace d’un tel système.

Dans ce Canada en construction, les provinces ne sont plus que des succursales suppliant la maison-mère de leurs accorder les ressources nécessaires à l’accomplissement de leurs missions de base. Parallèlement,  des fondations indépendantes du gouvernement, et gérées par des non-élus partisans du régime, décident des priorités d’investissement pour nous. On s’entre-déchire au Québec pour dix malheureux millions bêtement attribués à des écoles privées juives, alors que ces fondations fédérales sont littéralement assises sur des milliards de dollars que nous avions, par nos impôts, pourtant confiés au gouvernement.

Triste constat. Après plus de 40 années de luttes et de revendications constitutionnelles de la part des Québécois, qu’ils fussent fédéralistes ou souverainistes, l’échec est patent. En fait, la seule chose qui grandit vraiment au Québec grâce à notre appartenance canadienne, c’est l’insignifiance de notre Assemblée nationale.
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