Une seconde conquête
Le 20 février 2004
Le récent discours du Trône prononcé par la vice-reine du Canada, Mme Adrienne Clarkson, était un véritable plan de bataille politique visant à envahir massivement les champs de compétence des provinces. Caché derrière l'euphémisme d'un nouveau partenariat avec les provinces, on y a appris que le gouvernement Martin veut prendre une place qui ne lui revient pas en santé et en éducation notamment. Grâce au déséquilibre fiscal qu'il s'obstine à nier, le gouvernement du Canada rendra conditionnel le financement dans ces deux secteurs au respect de normes dîtes "nationales" qu'il aura lui-même définies, ou à des programmes fédéraux particuliers, reléguant ainsi le Québec au statut de simple gestionnaire d'écoles et d'hôpitaux. Étranglé financièrement par l'explosion des coûts des services sociaux, le Québec peut de moins en moins remplir son rôle de gouvernement national des Québécois, et il n'est plus qu'un éternel quémandeur de fonds fédéraux. L'argent se trouvant désormais à Ottawa, le pouvoir s'y trouve aussi. Conséquemment, les meilleurs politiciens fédéralistes québécois l'ont compris et désertent de plus en plus l'Assemblée nationale pour aller siéger à l'ouest de l'Outaouais comme de bons collabos du Canada anglais. Il en résulte que les députés fédéralistes qui siègent à Québec sont plus médiocres que jamais ou carrément inféodés à des groupes de pression liés au monde des affaires, qui acceptent béatement de se faire dicter par Ottawa leur ligne de conduite en contrepartie de l'argent qu'on leur promet, et qui pourtant, vient de la poche des contribuables québécois. Le Canada est une fédération qui se métamorphose sous nos yeux, par le pouvoir de l'argent, en état unitaire de fait. Robert Bourassa parlait pudiquement de fédéralisme dominateur. Désormais on pourra parler de fédéralisme conquérant.