Enjeux - La soumission des fédéralistes québécois

Conscrire l'angoisse
Les ultra-canadians du PLQ craignent moins l'incohérence que le courage et la lucidité.

Robert Laplante

L'Action nationale, 7 avril 2003
Il n'y a pas de façon noble de prôner la soumission. Quel que soit le dégoût qu'elle inspire la conduite de Jean Charest lors du débat des chefs n’avait rien de surprenant. La démagogie dont il a fait preuve donne la mesure de l'homme. Et il est à la hauteur requise par les intérêts qu'il sert. Le Parti libéral du Québec ne veut rien d'autre que mettre le Québec au tapis une fois pour toutes. C'est un parti d'inconditionnels du Canada et il le démontrera de mille et une manières d'ici la fin de la campagne électorale.

En opposant la santé à la souveraineté, le PLQ ne pouvait mieux avouer son désarroi. C'est une alternative odieuse servie par une logique tordue. Ce parti n’a aucune vision d'avenir pour le Québec. Il voudrait tenir le débat sur la question des moyens mais sans répondre de l'accès aux moyens. Le financement des services de santé n'est pas qu'une affaire d'organisation interne de l'administration publique québécoise. C'est le point névralgique où se font sentir les effets les plus étouffants du déséquilibre fiscal. En se plaçant en contradiction avec le rapport qu'il a signé, Yves Séguin fait la démonstration que le PLQ est prêt à tout pour ne pas même donner l'apparence d'un intérêt national impératif et non négociable. Les ultra-canadians du PLQ craignent moins l'incohérence que le courage et la lucidité. En proposant de sabrer dans ce que le Québec contrôle pour s'ajuster aux contraintes qu'Ottawa lui impose, le PLQ ne fait pas que redire son acceptation béate des conditions de développement que le Canada impose au Québec. Il choisit délibérément l’automutilation. Quelle belle façon de servir le bien commun et d’aborder l’avenir avec confiance !

Par définition, une politique vise des finalités qu'elle instrumente par les finances publiques et les ressources de l'État. En refusant de prendre acte du déni d'Ottawa en ce qui concerne le déséquilibre fiscal, le PLQ dénature délibérément l'exercice démocratique. Son cadre de réflexion sur les finances publiques tient du fétichisme des moyens, c'est une défilade pour ne pas avoir à se prononcer sur la valeur des finalités que l'État québécois doit servir. Les libéraux peuvent tout mettre à l'encan, rien ne vaut l'asservissement aux «normes nationales». Jamais les coûts et les conséquences pour le Québec des politiques d’Ottawa ne seront assez élevés pour les amener à remettre en cause le lien canadian. Les intérêts nationaux du Québec sont toujours solubles dans les finalités canadian.

En appelant à choisir entre la santé et la souveraineté, le PLQ propose la veulerie comme projet de société. C'est une conduite de rançonneur qui donne une bonne idée de la hauteur morale avec laquelle l'establishment de ce parti traite la loyauté au Québec. Le Parti libéral du Québec n'aborde pas l'avenir en appelant les citoyens à miser sur ce qu'il y a de meilleur en eux. Il cherche à conscrire l'angoisse pour gagner, avec le pouvoir, le triste privilège de placer notre peuple à la merci d'une majorité qui l'ignorera et le méprisera d'autant plus allègrement que ses élus libéraux auront démontré qu'ils ne tiennent à rien. La démagogie et le chantage à la peur ne peuvent que heurter les plus fragiles et les plus démunis. Le PLQ n’en a cure. Il est prêt à tout pour le pouvoir et peu lui chaut, pour y accéder, de semer les germes de crises sociales débilitantes.

Plus que jamais, il est évident que les inconditionnels du Canada sont coupés des forces vives du Québec. Pas d'appels au dépassement dans leur programme. Que la peur distillée sur fond renoncement à ce qui fait la dignité de la vie d'un peuple. Cela nous fait perdre des énergies énormes, cela peut même nous imposer des détours collectifs assez éprouvants. Mais cela reste fondamentalement stérile. On ne troque pas son pays pour une civière.
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