Pensée magique pour un alibi de démission
Le Parti libéral du Québec n'a plus de programme politique.
Robert Laplante
L'Action nationale, 9 octobre 2001
Les libéraux de Jean Charest viennent de réinventer le bouton à quatre trous. Les journaux rapportaient cette semaine que le Parti Libéral du Québec soumettra à la Commission sur le déséquilibre fiscal un mémoire qui recommandera que le Québec "fasse preuve de leadership" et se lance dans la construction d'un front commun des provinces pour réclamer d'Ottawa le transfert de points d'impôt aux provinces pour financer les programmes sociaux et de santé. Il s'agirait "d'un mouvement irréversible " des provinces auquel Ottawa ne pourra résister selon le leader maximo de la soumission constitutionnelle.
D'où lui vient cette confiance inébranlable ? Dans notre merveilleux statut de province. Une province pas tout à fait comme les autres, reconnaît-il. Une province qui se distingue par une caractéristique époustouflante : "Le Québec est traditionnellement celui qui propose des nouvelles solutions, a dit M. Charest. Nous sommes à un carrefour des provinces, entre l'Est et l'Ouest, les plus et les moins riches, les plus et les moins grosses." (La presse, 4 octobre 2001). Le journal rapporte que l'audace libérale n'a pas de limites : le mémoire du PLQ propose même de revoir la méthode de calcul de la péréquation.
Tout le monde aux abris!
Le vide vient de se revêtir de ses plus beaux atours. Les libéraux vont comparaître devant la commission Séguin en faisant comme si l'ordre constitutionnel canadien allait de soi. Le PLQ ne s'inquiète plus guère de ce que le Canada ne reconnaît pas le Québec. Il fait comme si les dés n'étaient pas pipés, comme si le jeu constitutionnel était franc et clair. Le rapatriement unilatéral, une constitution qui ne reconnaît pas l'existence de notre peuple? Des vétilles. Les libéraux s'occupent des vraies affaires. Les problèmes fiscaux ne sont pas reliés à la domination politique, tout ne serait qu'une affaire d'arrangement administratif. La démarche unitaire d'Ottawa qui fait du chantage aux "normes nationales" pour rationner le Québec à même nos impôts? L'adhésion de toutes les provinces à l'Union sociale canadienne en dépit du refus du Québec? Des détails. Ce ne sont là que des arguments pour séparatistes.
Les vertus de la soumission seront nombreuses. Jean Charest fera virer le Canada comme vire le vent. La position des libéraux tient de l'angélisme le plus délirant. Pourquoi diable Ottawa, qui piétine sans vergogne les compétences constitutionnelles au mépris des règles qu'il a pourtant imposées au Québec, se mettrait-il tout à coup à pratiquer la vertu que lui prêche Jean Charest?
La réponse est simple : parce que Jean Charest ne ménagerait aucune profession de foi à l'égard d'un gouvernement central hostile à la différence québécoise, parce que son attachement inconditionnel lui ferait toujours minimiser l'impact des gestes d'Ottawa. Parce que, en définitive, les libéraux du Québec sont prêts à accepter n'importe quoi parce qu'ils ne reconnaissent aucune exigence politique à la défense des intérêts nationaux du Québec. Aucune perte ne sera jamais assez grande pour les amener à remettre en cause le lien canadien. Rien ne les empêchera jamais de dire qu'il faut être patient, même quand notre population souffre des gestes d'Ottawa. Ils seront toujours volontaires pour s'activer dans les comités de révision des modes de calculs pendant qu'Ottawa utilisera nos impôts pour saper le système québécois et imposer ses normes "nationales".
Le Parti libéral du Québec n'a plus de programme politique. La gestion du déclin du Québec dans un régime unitaire lui suffit comme horizon. Devant l'urgence qui s'impose pour doter notre système de santé des ressources requises par les défis que nous dressent notre démographie et notre conception de la solidarité sociale, le PLQ nous propose de recommencer à discuter avec Ottawa en faisant semblant de croire que les problèmes du présent ne résultent pas de sa conduite de toujours. Pensée magique pour travestir un alibi de démission.
Le Pari libéral du Québec n'est plus désormais que le fou d'un roi nu. Il ambitionne de gouverner le Québec en servant d'abord le Canada. Pendant qu'il glose sur le bouton à quatre trous, Ottawa et la majorité canadian se taillent un nouveau costume.