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Un lundi noir

Bernard Descôteaux, Le Devoir.

Stéphane Dion tente de faire contre mauvaise fortune bon coeur, en ces lendemains d’élections complémentaires québécoises. Peu importe les explications qu’il proposera pour la défaite crève-coeur dans Outremont, un échec reste un échec. Celui de son candidat Jocelyn Coulon vient souligner la persistance du bris de communication entre le Parti libéral du Canada et les Québécois dont il est en partie la cause.

Une élection partielle n’est bien sûr qu’un instantané de l’humeur de l’opinion publique, comme le font valoir plusieurs militants libéraux pour contrer l’effet de découragement qu’aura la mauvaise performance de leur parti. Néanmoins, il leur faut regarder froidement les résultats de ces complémentaires et les comprendre pour espérer changer le cours des choses.

Les résultats de ce lundi noir montrent que, depuis leur défaite aux mains des conservateurs, les libéraux n’ont pas réussi à se relever au Québec. Pire, il y a danger de régression. Outre la perte du château fort d’Outremont qu’aucun organisateur libéral n’envisageait voilà deux mois, le résultat dans Saint-Hyacinthe-Bagot est tout aussi symptomatique. Dans ce comté francophone, le PLC a perdu trois points de pourcentage par rapport à l’élection de 2006 et se retrouve avec seulement sept pour cent des votes exprimés, un point de moins que le NPD. Cela en dit beaucoup.

Pour bien mesurer l’échec que représente la défaite de lundi pour Stéphane Dion, il faut revenir aux raisons qui l’ont fait choisir comme leader du Parti libéral. L’arrivée d’un nouveau chef était l’occasion de marquer une rupture radicale en tournant la page sur le scandale des commandites. Au-delà de la bizarre mathématique électorale qui l’a favorisé , M. Dion incarnait Monsieur Net. La droiture de cet universitaire était rassurante. Puis les délégués ont imaginé que les Québécois appuieraient l’enfant du pays le moment venu, comme ils l’avaient fait pour Trudeau et Mulroney. Ils avaient tout faux. La trace du scandale des commandites n’est pas encore effacée. Quant aux liens du sang, ils ne fonctionnent pas. Pour les Québécois, Stéphane Dion demeure l’homme du plan B et de la Loi sur la clarté.

Le chef libéral soumettait hier que tout n’est pas perdu, puisqu’il avait pu constater que les libéraux avaient le respect des Québécois. Si par là il veut dire que ses candidats ne se sont pas fait insulter dans leur porte-à-porte comme lors des deux élections précédentes, on sera d’accord. Le niveau d’agressivité a diminué. Le degré d’écoute n’a toutefois pas changé pour autant, car le discours demeure le même. En se transformant en champion de la cause écologique, Stéphane Dion pensait faire oublier que, sur la question nationale, il maintient la ligne d’un fédéralisme rigide. Il n’a pas réussi. Avec pour adversaire Stephen Harper qui défend même sur la scène internationale la reconnaissance du Québec comme nation, son inflexibilité l’éloigne des Québécois.

Le cérébral qu’est Stéphane Dion aura de la difficulté à changer de discours, tant il croit profondément à sa vision du fédéralisme et tant il a de la difficulté à ressentir le pouls de l’électorat. Mais un virage est inévitable. Les militants libéraux du Québec sont les premiers à l’attendre. Ils voient bien les points que marquent les conservateurs au Québec. Leur grogne commence à s’entendre. En demeurant inflexible, le chef libéral les incitera à se détourner de lui pour aller vers Michael Ignatieff, qui avait su les charmer l’automne dernier en défendant, durant la course au leadership, une position d’ouverture au Québec. Aujourd’hui, il serait suicidaire pour les militants libéraux de remettre en question son autorité. On cherchera plutôt à afficher l’image d’un parti uni. Mais s’il ne réussit pas à donner un nouvel élan à son parti au Québec, la contestation de son leadership ne tardera pas au lendemain d’une défaite lors des prochaines élections.

Source : Le Devoir, le 19 septembre 2007.

1 Message

  • Un lundi noir

    19 septembre 2007 11:18, par Zach Gebello

    Un "lundi noir", l’écrasante défaite des libéraux ?

    C’est drôle çà. J’ai fêté comme un fou toute cette soirée là !


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