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Les nouveaux Acadiens

par Joseph Facal, Le Blogue de J. Facal.

À Ottawa, libéraux et conservateurs préparent ensemble un grand coup.

Ils veulent ajouter 30 sièges au parlement fédéral : 18 en Ontario, 7 en Colombie-britannique et 5 en Alberta. Comme le Québec aurait désormais 75 sièges sur 338 et non plus sur 308, notre part de la députation fédérale chuterait à 22,19 %.

Stephen Harper gouverne déjà le Canada avec une députation québécoise minimale, pour ne rien dire de sa qualité encore plus minimale.

Avec la réforme envisagée, il pourrait obtenir la majorité qu’il cherche sans devoir s’astreindre à recruter quelques corps chauds dans la Belle province, idéalement avec la puissance intellectuelle d’une bougie pour ne pas trop le déranger, afin d’occuper les banquettes conservatrices et faire quorum.

Évidemment, mettez-vous à la place du Canada anglais. Dans une démocratie représentative, il n’est que logique que la composition du parlement reflète l’évolution démographique.

Ah, mais c’est que nous, Québécois, sommes une nation, non ? Notre cas est particulier, direz-vous.

Ne me faites pas rire s’il vous plaît. Il n’y a que nous qui croyons cela.

À l’ouest de la rivière des Outaouais, nous sommes vus comme une minorité ethnique au même titre que les Italo-Canadiens de Toronto, avec la sympathie en moins.

Remarquez, ce n’est pas nouveau. Ils n’y ont JAMAIS cru.

Entre l’Acte d’Union de 1840 et la Confédération de 1867, le parlement du Canada-Uni était composé à parts égales de députés issus des deux nations, puisqu’il était le résultat de la fusion du Bas-Canada et du Haut-Canada.

Or, dès 1853, George Brown, le leader des Clear Grits du Haut-Canada, les ancêtres de l’actuel PLC, réclamait la représentation proportionnelle, le Rep by pop. Il n’y avait qu’une nation, disait-il.

Avant cela, dès 1838, dans une lettre à son ami Berthelot, Louis-Hyppolite Lafontaine expliquait que, si les francophones du Bas-Canada ne contrôlaient pas leurs institutions politiques, nous deviendrions à coup sûr des Acadiens.

Nous partons de plus haut, mais c’est bel et bien la pente sur laquelle nous sommes engagés.

Les francophones ne contrôlent plus désormais que le parlement de Québec, dont les compétences sont locales, comme le dit si joliment l’article 91 de la Constitution de 1867.

Elles seront d’ailleurs de plus en plus locales. Mondialisation oblige, le vrai pouvoir continuera à se concentrer à Ottawa, où le French Power de jadis est une espèce en voie d’extinction rapide.

Il y aura quelques concessions occasionnelles quand les indigènes s’énerveront.

Lafontaine avait plus de 150 ans d’avance. Le Québec d’aujourd’hui s’acadianise à vitesse grand V, dans l’indifférence générale et en sifflotant le petit refrain multiculturaliste politiquement correct.

Si ça nous chante, nous pourrons continuer à voter pour le Bloc jusqu’en 3147 après Jésus-Christ. Ottawa nous laissera les nids-de-poule, les décrocheurs du secondaire et les couloirs des hôpitaux.

Mais où avais-je la tête ? Nous sommes nationalistes quand ce n’est pas trop forçant. Halak ou Price ? That is the real question !

Wilfrid Laurier avait raison : nos concitoyens ont, pour la plupart, plus de sentiments que d’opinions.

Pardonnez-moi de vous avoir dérangé avec ces niaiseries.

Source : http://www.josephfacal.org/les-nouveaux-acadiens/


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