Le Québec : une communauté nationale distincte et capable d’assumer son avenir
Foyer traditionnel de la langue et de la culture française en Amérique du Nord, le Québec a aujourd’hui la stature d’une véritable communauté nationale distincte.
a) une communauté nationale distincte
Sur le plan linguistique et culturel, le Québec a tous les traits essentiels d’une société distincte. Sa langue dominante, le français, le distingue très nettement du bloc anglophone de l’Amérique du nord, et même des autres provinces canadiennes comptant une présence francophone. Cette collectivité a plusieurs traits culturels distinctifs: une littérature, une chanson, un théâtre et un cinéma vivants et originaux; une architecture, une cuisine, des goûts vestimentaires particuliers; une tradition démocratique qui lui est propre; une organisation sociale et communautaire dont les visiteurs étrangers se plaisent à énumérer les caractéristiques; une tradition juridique en partie héritée de la France; des habitudes d’entraide, de solidarité et de confiance mutuelle; des institutions culturelles originales; un passé religieux bien caractérisé, etc. Des spécialistes parlent même d’un «modèle de développement québécois», qui se distinguerait par «la grande coordination de son économie», le rôle central de certaines sociétés d’État, la vitalité particulière du mouvement coopératif.
C’est aussi une société adulte. Sur le plan démocratique, le Québec a innové, notamment par la réglementation du financement des partis politiques. Sur le plan social, il a aussi fait des progrès marquants en ce qui a trait à la condition féminine, à la protection des consommateurs, à la démocratisation de l’éducation et à l’accessibilité des services de santé, des services sociaux et de nombreux autres services de soutien aux citoyens. C’est aujourd’hui une société équilibrée, capable de tenir compte des divers aspects des problématiques de développement et dotée des mécanismes politiques, administratifs et judiciaires requis pour protéger la sécurité et la liberté de ses membres et assurer leur bien-être, leur développement et leur épanouissement.
Avec 6,7 millions d’habitants, le Québec pourrait alors se comparer à la Suisse (6,6 millions), à l’Autriche (7,6 millions), à la Finlande (5,0 millions), au Danemark (5,0 millions) ou à la Suède (8,5 millions).
b) Les atouts de son avenir
Aujourd’hui, sa population est instruite, dynamique et curieuse. Elle fait preuve d’un souci nouveau et de plus en plus partagé pour la langue et la culture françaises, pour son histoire, ses traditions culturelles et son patrimoine, pour sa survivance démographique et culturelle, la protection de ses ressources et la préservation de son environnement.
Elle a développé une vie communautaire riche et variée, des mesures sociales diversifiées et généreuses et une intéressante pratique de concertation sociale (forums économiques et sociaux, municipalité régionales de comté, communautés urbaines, réseaux professionnels et communautaires).
Sur le plan économique, sa «percée francophone» est relativement récente, mais vigoureuse et confiante.
De 1970 à nos jours, le Québec a enregistré une croissance annuelle moyenne de 3,3% soit un taux similaire à celui de l’ensemble des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). À des fins de comparaison, cette performance lui aurait permis de se maintenir au 11ième rang de ces pays, en ce qui concerne le niveau de vie exprimé sur la base du produit intérieur brut ou du produit national brut par habitant (14 716$US en 1989) et à celui des Norvégiens (18 048$ US), qui ont des populations et des économies assez semblables à celles du Québec.
Quand on met l’économie du Québec en rapport avec les données canadiennes globales et celles de l’Ontario, on ne peut que constater des écarts défavorables au Québec aussi bien dans les taux de croissance de l’économie et la création d’emplois que dans les mesures actuelles du niveau de vie et du taux de chômage.
Ces données, toutefois, ne peuvent pas à elles seules traduire toute la réalité. Ce n’est pas tout, par exemple, de considérer les moyennes des revenus personnels disponibles annuelles, il faut compléter la comparaison au moyen d’indicateurs sur ce qu’il en coûte pour vivre dans chacun des endroits en cause et le niveau des services auxquels on peut avoir accès.
Quand on considère, entre autres choses, le coût réel du logement à Toronto et à Montréal, on peut comprendre qu’un revenu légèrement plus élevé à Toronto ne signifierait pas forcément un plus grand pouvoir d’achat et une meilleur qualité de vie.
Personne, de toute façon, n’oserait affirmer sans nuances que le Québec a en main absolument tous les atouts pour plonger dans l’avenir sans précautions et sans appréhensions. Aucune nation au monde - pas même les Américains - ne pourrait avoir une telle prétention dans le contexte mondial actuel. Mais le Québec est raisonnablement expérimenté et pas moins équipé que beaucoup d’autres petites nations pour affronter les temps à venir avec confiance, dynamisme et enthousiasme.
Déjà, on lui reconnaît une excellence dans plusieurs champs de savoir-faire technique et de génie-conseil. Le Québec a fait ses preuves, par exemple, dans le domaine de l’hydro-électricité (grands barrages, aménagements complexes de digues et de dispositifs pour préserver les ressources fauniques, transport de l’électricité à haute tension, etc.). L’expérience de l’Hydro-Québec est aujourd’hui mondialement reconnue, de même que celle de plusieurs grandes firmes de génie qui en collaborant notamment avec elle ont élargi leurs compétences et leur capacité d’entreprendre. Il est stimulant de voir aujourd’hui à l’œuvre dans un grand nombre de pays des représentants de firmes comme Lavalin, le Groupe SNC, le Groupe LGL, Roche Groupe-Conseil, ADS Associés, Dessau, Techsult, les Consultants BBL et d’autres, qui portent aux quatre coins du monde l’excellence développée ici, par nos propres concitoyens, avec les seules ressources d’énergie et de créativité qui sont les nôtres.
Dans le domaine de la fabrication du matériel de transport en commun, les compétences de Bombardier et de Prévost Car sont déjà largement reconnues. En matière de télécommunications, les capacités d’avant-garde de Bell Canada et de Northern Telecom ne sont plus à démontrer. Le savoir-faire québécois est aussi renommé en matière de biotechnologie, d’aéronautique, de production d’aluminium, des pâtes et papier, de câblodistribution, de production télévisuelle et de services informatiques; on ne saurait évoquer ce dernier champ d’activité sans souligner les performances enviables d’entreprises comme IST-Services informatiques, Groupe CGI, Groupe DMR, Systematix, le Groupe LGS, le Groupe Quantum, ACSI-Biorex, le Groupe Sobeco et plusieurs filiales spécialisées de grandes firmes québécoises de services conseils en comptabilité et en gestion.
Un des secteurs dans lesquels s’est affirmé le plus énergiquement la présence francophone et québécoise, au cours des dernières années, est celui de la finance et des services financiers. La montée constante du Mouvement des caisses Desjardins et de la Banque Nationale du Canada a illustré cette progression des institutions financières québécoises. La création de la Caisse de dépôt et placement du Québec, en 1965, a marqué un tournant important dans la prise en charge par les Québécois de la gestion de leurs avoirs financiers; cette décision avait en effet pour but de ramener sous l’autorité des Québécois l’administration d’imposants fonds de retraite antérieurement confiés au régime de pensions du Canada, et de faire de cette nouvelle institution financière québécoise un outil de développement collectif ajusté à nos besoins et à nos priorités. Jamais l’utilité et la compétence de cette institution ne se sont démenties au cours de ses 25 ans d’histoire. Plus tard, d’autres institutions gouvernementales spécialisées se sont ajoutées pour compléter l’action dans des créneaux précis: la Société générale de financement, la Société de développement industriel, la Société québécoise d’initiatives agro-alimentaires (SOQUIA), la Société québécoise d’initiative pétrolière (SOQUIP), la Régie de l’assurance-dépôts du Québec, la Société de développement coopératif…
Le Mouvement des caisses Desjardins est fier, quant à lui, de l’ensemble diversifié de services et de ressources qu’il peut aujourd’hui mettre à la disposition du Québec et des Québécois. Doté d’équipements sophistiqués et d’experts dans tous les champs des services financiers, disposant d’un réseau de distribution très étendu et arrimé à des réseaux internationaux puissants, le Mouvement des caisses Desjardins est maintenant en mesure de travailler efficacement non seulement dans son champ traditionnel de l’épargne et du crédit, mais aussi dans les transferts électroniques de fonds, l’assurance de personnes et de dommages, le courtage de valeurs mobilières, les services de fiducie et de placement, le crédit industriel et commercial, le crédit-bail, l’investissement dans le capital de risque, les services financiers internationaux, etc.
D’autres groupes financiers pilotent aussi d’importantes activités avec des fonds et des ressources d’ici : le Groupe La Laurentienne, l’Industrielle-Alliance, le Groupe Les Coopérants, la Corporation financière Power, le Groupe Mutuelle des fonctionnaires, le Groupe Prêt et Revenu, le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec.
Pour appuyer les activités et le développement de ces diverses institutions financières, le gouvernement du Québec a réalisé une refonte à peu près complète de la réglementation des institutions financières de juridiction provinciale. Attentive aux données nouvelles de la scène internationale et soucieuse de seconder les efforts de consolidation amorcés par le réseau financier québécois, cette réforme a donné aux entreprises québécoises une bonne longueur d’avance sur leurs concurrents à charte fédérale et leur a conféré un élan de dynamisme remarquable.
À travers l’ensemble de ces entreprises et de ces institutions se développe en outre une solide expérience de gestion publique et privée qui fait parfois l’étonnement de nos concurrents. Par le réseau universitaire se prépare aussi une abondante relève longuement formée aux divers aspects du marketing, du management, des relations de travail et de la gestion des ressources humaines et financières. En trente ans, le Québec a fait sur ce plan des pas de géant. La tradition est encore jeune, certes, mais elle est fort bien engagée.
Le mouvement coopératif québécois est lui aussi, globalement, un secteur d’excellence et de grande réputation. Le Mouvement des caisses Desjardins compte à lui seul, avec ses fédérations de caisses francophones hors Québec, 4,7 millions de membres, 19 700 dirigeants bénévoles, 35 760 employés et 45 milliards de dollars d’actif. D’un peu partout dans le monde, on observe ses activités, ses moyens d’action, son organisation démocratique et fonctionnelle, ses structures, ses ramifications, ses alliances, son enracinement dans la collectivité et plusieurs délégations étrangères viennent chaque année voir de plus près ce réseau coopératif de services financiers. Par l’intermédiaire de la Société de développement international Desjardins (SDID), le Mouvement partage d’ailleurs son expérience auprès des populations de plusieurs pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. La SDID a diversifié ses champs d’intervention, notamment dans les secteurs financiers et agro-alimentaires, s’est associée la Coopérative Fédérée de Québec et l’université Laval et contracte maintenant des ententes avec des gouvernement et des organismes internationaux tels que la Banque mondiale. De plus la Caisse centrale Desjardins du Québec, quant à elle, entretien des relations d’affaires avec plus de trois cents correspondants dispersés à travers le monde, assure la présence de Desjardins sur les marchés financiers nord-américains, européens et japonais et supporte ses clients et les composantes de Desjardins dans leurs transactions et leur opérations à l’étranger.
Les coopératives agricoles, les coopératives d’habitations, les coopératives de travail et diverses autres catégories de coopératives contribuent aussi fortement à l’essor du mouvement coopératif québécois et à la consolidation de l’économie québécoise. Il s’agit là d’un secteur économique vivant, productif, équilibré, précieux pour la collectivité, et qui s’est développé à partir des énergies, de l’esprit d’entreprise, du dévouement et de la créativité de générations de Québécois sous la seule gouverne de lois québécoises.
Non, le Québec n’a pas fini de construire les bases de son avenir et les outils dont il aura besoin pour en assumer la totale responsabilité. Mais il a aujourd’hui tout ce qu’il faut pour prendre charge de cet avenir avec assurance et détermination. Ses forces, ce son bien sûr d’abords ses ressources humaines, mais aussi ses abondantes richesses naturelles, ses ressources financières, son savoir-faire technique et professionnel, son expérience croissante de l’industrie et du commerce et, par-dessus tout cela, un sentiment nouveau de fierté, de dignité et de confiance, une assurance nouvelle qui n’est pas un repli frileux sur le passé, mais un goût d’autonomie et d’initiative tourné vers le monde.
La société québécoise d’aujourd’hui est en effet capable de se pencher avec attention, originalité et efficacité sur les problématiques locales et régionales, mais elle est en même temps capable de se brancher sur les courants mondiaux, comme le libre-échange et les grandes questions internationales touchant l’aménagement du développement et du commerce, la protection des ressources et de l’environnement, le partage du savoir et des richesses, le désarmement, le respect des droits de la personne, la promotion des cultures, etc.
Comme sa principale collectivité d’enracinement, le Mouvement des caisses Desjardins est profondément attaché au Québec, mais cela ne l’empêche pas d’étendre d’année en année le réseau de ses alliances et ses relations de coopération et d’affaires. Déjà, par exemple, il entretient des liens serrés avec les fédérations de caisses francophones hors Québec et d’excellentes relations avec les réseaux anglo-canadiens de credit unions ainsi que de nombreuses organisations coopératives et financières de tous les continents. Il est évident que le Mouvement Desjardins n’a aucune intention de rompre ces liens. Au contraire, à l’exemple des institutions de beaucoup d’autres pays, il veut s’attacher à développer ces relations, à intensifier les échanges, à multiplier les mécanismes de collaboration et à établir avec tous les partenaires désireux de partager ses objectifs et de travailler en coopération avec lui, des relations étroites, franches, ouvertes et productives. C’est d’ailleurs là sans doute le type d’esprit qui anime déjà l’ensemble des relations du Québec avec le monde.
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Recommandations
À la lumière de toute les réflexions et constatations qui précèdent, les dirigeants du Mouvement des caisses Desjardins recommandent à la Commission sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec :
1- De reconnaître que le Québec constitue une véritable communauté nationale distincte et adulte.
2- De reconnaître que la décision sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec appartient aux hommes et aux femmes qui l’habitent, sans égard à leur origine, à leur langue d’usage ou à quelque autre facteur, et cela en vertu du droit des peuples à l’autodétermination reconnu par l’Organisation des Nations Unis, et qu’en conséquence, il n’y a pas lieu de soumettre cette décision à l’acceptation de la majorité de ceux qui forment le pacte fédératif canadien actuel.
3- De reconnaître que le Québec doit avoir le contrôle de ses leviers politiques, économiques, sociaux, législatifs, administratifs et fiscaux et que, pour ce faire, il doit se donner le statut d’une communauté nationale autonome.
4- De reconnaître que, devenu autonome, le Québec, dans un contexte d’internationalisation, aurait la capacité de négocier des accords avec d’autres nations souveraines, en particulier avec celles qui sont ses voisines.
5- De reconnaître que cette autonomie appartient au peuple du Québec, qui, par voie démocratique, choisit ses délégués au gouvernement qui le représente.
6- De proposer que soit rapidement défini le projet d’orientation politique et constitutionnelle du Québec et que sa population soit abondamment et honnêtement informée des divers aspects de la question, de manière qu’elle puisse participer activement à la démarche et exercer avec confiance et sérénité ses volontés démocratiques.
7- De proposer que la décision finale soit soumise en termes clairs et décisifs, par le moyen d’une consultation référendaire, à la volonté démocratique des Québécois et des Québécoises.